Prix du polar romand 2021, la sélection

Prix du polar romand 2021: les 3 finalistes! Balles neuves d’Olivier Chapuis, Les protégés de Sainte-Kinga de Marc Voltenauer et Au point 1230 de Laurence Voïta sont les trois finalistes. Le 10 mai, il n’en restera qu’un ou une. D’ici là, lisez leur livre et découvrez leurs interviews!

© Trivila Mass

Prix du polar romand 2021: les 3 finalistes! Balles neuves d’Olivier Chapuis, Les protégés de Sainte-Kinga de Marc Voltenauer et Au point 1230 de Laurence Voïta sont les trois finalistes. Le 10 mai, il n’en restera qu’un ou une. D’ici là, lisez leur livre et découvrez leurs interviews!

Comment vous est venue cette idée de roman autour de Federer?

Puisque je voulais comprendre mon agacement par rapport à Federer, j'ai réfléchi à l'écriture d'un texte et c'est en m'imaginant dans cette réflexion que l'idée d'un auteur racontant l'histoire d'un personnage m'est apparue. D'où la mise en abîme, l'histoire d'un écrivain qui crée ce personnage et peut ainsi se détacher de sa problématique, prendre du recul et, finalement, faire agir ce personnage à sa place - l'envie de taper un voisin bruyant ou de gifler une star qui nous énerve nous arrive à tous un jour. Ensuite, l'écriture est venue assez facilement.

Votre héros est obsédé par Federer. Et vous?

Au début, je n'ai pas vraiment fait attention au phénomène Federer parce que je ne suivais le tennis que d'un oeil. Puis, au fil du temps, son personnage médiatique a commencé à m'agacer. Ses pubs, cet air lisse, cette volonté de paraître parfait et gentil. A tel point que le regarder jouer ne m'intéressait pas trop, même si son jeu est fantastique. A force d'être agacé, donc peut-être un petit peu obsédé, je me suis dit qu'il me fallait essayer de comprendre cet agacement. D'où l'écriture de ce roman - l'écriture est mon moyen favori pour essayer de comprendre les choses et moi-même!

Le roman met en scène un auteur en mal de reconnaissance. La jalousie et la frustration mènent à tout, même au meurtre?

Un des ressorts récurrents de la littérature noire est la vengeance. Or mon personnage, Axel Chang, se venge en quelque sorte de ne pas avoir été «choisi» par le destin, de ne pas être doué pour une activité particulière, comme si la réussite de Federer avait éteint celle d'Axel Chang. On cherche toujours un exutoire à nos frustrations, et souvent un responsable, c'est plus pratique que d'admettre que nous fabriquons souvent notre malheur tout seul. Chapman, par exemple, l'assassin de Lennon, se sentait particulièrement frustré par sa petite vie banale, sans gloire, vide, et il a peut-être voulu venger par son geste tous les frustrés de son acabit.

Quel lecteur de polars êtes-vous?

Je lis peu de polars ou de romans noirs. Je n'aime pas me cloisonner dans un genre qui, comme tous les genres, fonctionne avec des codes bien précis, de même que je n'écris pas dans un genre particulier (c'est, en quelque sorte, le genre qui s'invite dans mon texte à mesure que je l'écris). Dans mes lectures noires, je pioche tous azimuts: aussi bien en France avec les éditions du Rouergue Noir (Valentine Imhof, Colin Niel) qu’aux USA avec Mo Hayder, en Espagne avec Carlos Zanon. Je reste ouvert aux découvertes, mais suivre une mode comme celle des auteurs scandinaves ne m'intéresse pas. J'ai davantage besoin d'une ambiance, d'une écriture que d'une intrigue, même si j'apprécie un bon suspense. Les auteurs que je cite remplissent ces critères.

Que souhaitez-vous au vrai Roger Federer?

Qu'il parte enfin à la retraite pour que l'on puisse passer à autre chose! (rires) Je plaisante. Qu'il réussisse sa sortie. Ce serait dommage qu'il se blesse sérieusement ou qu'il soit battu sèchement par un inconnu parce qu'il n'a pas réussi à arrêter à temps - c'est cela aussi, être un champion: savoir se retirer au bon moment…

Comment vous est venue l’idée de départ du livre, ce billet de loterie gagné mais perdu volontairement?

Je joue moi-même parfois au Loto et je me suis souvent amusée à imaginer l’effet que cela me ferait de gagner. Et puis, passés tous les fantasmes de richesse, de partage et de liberté qui vont avec le gain d’un gros lot, je me suis demandé si c’était aussi facile à accepter que cela en avait l’air…

L’argent ne ferait donc pas le bonheur?

Je ne transmets pas dans ce roman de point de vue moral sur l’argent, qui n’est en fait rarement autre chose qu’un outil. En l’occurrence c’est le fait que mes personnages n’assument pas leur gain qui est problématique, mais pas le gain lui-même.

Au point 1230 est un roman à suspense, un polar avec un cadavre, un policier, une enquête. Pourtant, pas une goutte de sang versée. C’était une gageure?

Les violences intérieures qui mènent au crime m’ont sans doute toujours plus intéressée que le crime lui-même. J’aime décortiquer les secrets qu’on n’a pas vraiment choisis, les dérèglements aléatoires et minuscules, qui, à la fin, provoquent des cataclysmes.

Quelle lectrice de polars êtes-vous?

J’aime les polars, j’en lis beaucoup, de toutes sortes, et toujours avec grand plaisir. Sauf peut-être les romans vraiment noirs, dans lesquels il m’arrive de sauter une description de crime trop détaillée. Peut-être bien que j’ai peur du sang après tout! Comme beaucoup d’écrivains, je crois, j’écris donc pour la lectrice que je suis.

Le roman se passe sur la Riviera, où vous vivez. Agréable d’écrire un polar qui se passe dans un lieu que l’on connaît bien?

Le calme et la beauté paisible de la Riviera conviennent à ce goût des violences intérieures dont je parlais plus haut. Et puis, cette région, c’est mon quotidien, je la sillonne presque chaque jour et depuis des années. C’est presque de manière constitutive que mes histoires et mes personnages s’y enracinent.

Comment vous est venue l’idée de départ du livre, cette prise d’otage dans les mines de sel de Bex?

Comme pour presque chacun de mes romans, c’est un lieu qui m’a donné l’inspiration et l’impulsion d’écrire. Et cela faisait déjà quelques années que l’environnement extraordinaire des Mines de sel me titillait. Et comme c’est un univers confiné, l’idée de la prise d’otage s’est rapidement imposée.

Vous revenez, à travers le destin d’Aaron Salzberg, sur l’histoire des mines de Bex. Pourquoi?

Pourquoi?

Au-delà de géomorphologie des mines, qui est stupéfiante, cela m’a fasciné de m’imaginer les mineurs à la fin du XVIIe siècle se lancer dans l’aventure de creuser des galeries au marteau et à la cisette. Au final, il y a près de cinquante kilomètres de galeries ! Ma première entrée dans la mine fut par la galerie du Coulat, l’une des toutes premières. On y accède par une porte cachée dans la forêt. La galerie est haute de 1m60, large de 60 cm, et elle nous conduit après 700 mètres dans l’antre de la montagne. Cela m’a donné l’envie de plonger dans son histoire qui a fortement marqué la région. Le destin d’Aaron Salzberg, un jeune mineur polonais d’origine juive, est né lors de la visite des Mines de sel de Wieliczka et de Bochnia près de Cracovie.

Le roman thématise entre autres sur le fanatisme, le nazisme, l’homophobie. Est-ce votre livre le plus engagé et personnel?

C’est en effet mon livre le plus engagé. J’ai longtemps tourné autour du cœur de l’intrigue avant de trouver le déclencheur de l’histoire. Lorsque je faisais mes recherches en 2019, il y avait les débats au sujet de l’intégration l’interdiction de la discrimination en raison de l’orientation sexuelle dans la norme antiracisme du Code pénal et du Code pénal militaire. Ce fut le déclencheur: mon preneur d’otage, déguisé symboliquement en Charlot, allait s’en prendre à différentes formes d’injustices et de discriminations. Prendre en otage un groupe d’extrême droit m’a semblé être une bonne idée…

Votre auteur de polars préféré, lorsque vous redevenez lecteur?

Lorsque j’ai le temps de lire pour moi, je me replonge dans l’un ou l’autre polar nordique, que j’ai la chance de pouvoir lire en suédois directement.

Vos livres ne lésinent pas sur les scènes de meurtres et les descriptions de cadavres. Faites-vous des cauchemars la nuit?

Rassurez-vous, la nuit je dors comme un loir!

Prix du polar romand 2021, la Sélection

  • Fabio Benoît, L’ivresse des flammes, Favre
  • Olivier Chapuis, Balles neuves, BSN Press
  • Stéphanie Glassey, L’éventreuse, Gore des Alpes
  • Marie Javet, Les roses sauvages, Plaisir de Lire
  • Tatjana Malik, Le loup du Val de Bagnes, 180° éditions
  • Pascal Parrone, Backstage, Slatkine
  • Yves Paudex, Le train des brumes, Plaisir de Lire
  • Michael Ronsky, Gratte-Foutre, L’Age d’Homme
  • Laurence Voïta, Au point 1230, Romann
  • Marc Voltenauer, Les Protégés de Sainte-Kinga, Slatkine & Cie

Le Prix du polar romand récompense chaque année l’auteur·rice d’un roman appartenant au genre polar (roman à suspense, roman noir, thriller, polar historique) paru dans l'année écoulée. Ce prix a pour but de valoriser la scène littéraire et éditoriale du polar en Suisse romande, particulièrement dynamique depuis quelques années.

Lancé dans le cadre du festival de polar Lausan’noir, il a récompensé en 2017 Chaleur (Finitude) de Joseph Incardona, en 2018 La Coach de Nicolas Verdan (BSN Press), en 2019 Glory Hole de Frédéric Jaccaud et en 2020 Tombent les anges de Marlène Charine (Calman Lévy).

Organisé par le Service des bibliothèques et archives de la Ville de Lausanne, le Prix du polar romand est doté d’une récompense de CHF 3’000.– et d’une valorisation de l’auteur·rice, ainsi que d’une communication médias et libraires.

Le jury du Prix du polar romand 2021 est composé de Stéphanie Berg, responsable de la littérature noire à Payot Lausanne; Valérie Daetwyler, bloggeuse polar; Sébastien Dyens, commissaire à la police judiciaire de la Ville de Lausanne; Isabelle Falconnier, déléguée à la politique du livre de la Ville de Lausanne; Cécile Lecoultre, critique littéraire au journal 24Heures; Michel Sauser, programmateur du Théâtre 2.21 à Lausanne; Christian Zutter, président de l’association Lausan’noir, chef du protocole retraité de la Ville de Lausanne.

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1003 Lausanne  

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