Témoignages

Le projet implique un certain nombre d’actrices et d’acteurs, et notamment les riverains. Qu’en pensent-ils? À quoi le projet doit-il faire attention? Entretien.

© H. Siegenthaler
Sofiane Benradja

Sofiane Benradja

C’est important ce qu’ils font à la Soupe, quand tu es à la rue, ils ne te donnent pas seulement à manger, ils te soutiennent si tu as le moral à zéro, ils m’ont même payé la Marmotte plusieurs fois.

En Algérie, les années 90, c’était difficile. Tu te faisais contrôler par les militaires en allant à l’école, à genoux, parterre, beaucoup de jeunes comme moi ont été détruits par ces années.[...]
Quand je suis parti faire mon service, j’avais 18 ans. J’ai vraiment vécu des choses pas normales. Tes amis morts devant toi, la peur, tous les jours. Après 2 années d’armée, j’ai dit non: on était jeune, on voulait vivre, sortir avec des filles, rigoler quoi, mais tout était interdit. C’est pour ça que je suis venu en Europe. Pour avoir une vie normale.

«Je suis venu en Europe pour avoir une vie normale».

Quand je suis parti, j’avais 20 ans, 17’000 francs français en poche et un visa. Je suis allé au Portugal, en France, et je suis venu en Suisse. [..] à Lausanne, j’ai pu récupérer mon permis B, J’ai donc pu m’inscrire à la commune, j’étais en ordre, et j’avais un travail, dans un restaurant, à Lavaux. Malheureusement, après quelques mois, le restaurant a fermé, et je me suis retrouvé sans rien, sans logement, sans travail. J’ai fait 2 ans à la rue. C’est dur, jamais je n’avais pensé vivre ça. D’un jour à l’autre, tu n’es rien, c’est vraiment dur… Tu te regardes et tu te dis: c’est moi? Je suis devenu ça?

«Tu te regardes et tu te dis: C’est moi? Je suis devenu ça?»

Quand j’étais à la rue, j’ai été à la Soupe, à la Marmotte, dans plein d’endroits comme ça. C’est important ce qu’ils font à la Soupe, quand tu es à la rue, ils ne te donnent pas seulement à manger, ils te soutiennent si tu as le moral à zéro, ils m’ont même payé la Marmotte plusieurs fois. Le problème, avec ces endroits, c’est que c’est mauvais pour le moral. Pour ton image, quand tu te regardes, c’est dur aussi. Je me disais tous les jours : Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?

Mais là, je viens de faire une demande d’aide sociale, au moins pour avoir des soins dentaires. La rue, ça t’abîme. Ça suffit, 2 ans. J’ai perdu des dents, je ne me supporte plus comme ça, ça me casse le moral. Comment aller voir un employeur comme ça ? [...]

«C’est important ce qu’ils font à la Soupe, ils ne te donnent pas seulement à manger, ils te soutiennent si tu as le moral à zéro.»

Je suis optimiste maintenant. Après le dentiste, je pourrai peut-être faire un cours, une formation, pour que je puisse travailler. Dans les soins, j’aimerais bien, avec les personnes âgées. Le cours Croix-Rouge je crois. Je veux vraiment vite travailler, être indépendant et plus aller au service social, je ne veux pas perdre mon permis. Montrer que je suis sérieux, que je suis tranquille et que je vais remonter la pente. Je sais que je peux y arriver.

© H. Siegenthaler

Catherine Di Giovanni, voisine de la Soupe populaire

Catherine Di Giovanni

C’est du respect que la Ville leur donne. Si une personne se sent respectée, je pense qu’elle va mieux respecter ce qu’on lui donne. Il faut lui donner les moyens de se sentir quelqu’un.

Le quartier, en 10 ans, j’ai appris à le connaître. Il convient parfaitement à mes capacités de déplacement, à mes besoins mais il est très désagréable à cause du bruit des boîtes de nuit, et à cause de la Soupe populaire, qui devrait être mieux entretenue. Tant pis, on supporte certaines choses et c’est peut-être pareil dans d’autres quartiers, je ne sais pas.

«On supporte certaines choses et c’est peut-être pareil dans d’autres quartiers.»

Avec la Soupe, ce qui me dérange, c’est leur manière de s’étaler et de manger sur les trottoirs. Je suis à même de voir ceux qui viennent faire pipi contre les murs, entre les poubelles, et ceux qui viennent faire caca, sans même se gêner. Ou qui viennent crier sous les balcons. Ça n’a pas changé en 10 ans, c’est tranquillement la même chose. Je suis allée leur poser la question, à la Soupe, pour les gens qui viennent faire leur chose devant notre entrée: «Ecoutez, la seule chose qu’on peut faire, c’est un peu plus attention, mais voilà, on ne peut pas les contrôler vraiment».

Mais ils ne peuvent pas faire ce contrôle, ils sont submergés! Ce n’est pas leur faute, je ne leur jette pas la pierre. La faute, c’est un manque d’organisation. De moyens aussi j’imagine... Il n’y a qu’une chose: la grande volonté de ces personnes! Et une grande patience, c’est tout ce qu’il y a!

«La faute, c’est un manque d’organisation. De moyens aussi.»

Pour moi, la Soupe populaire, comme elle est aujourd’hui, elle ne valorise ni les gens qui y travaillent ni les gens qui ont vraiment besoin d’y aller. Je suis en colère. En voyant ce que va devenir cet endroit, je trouve ça magnifique. C’est du respect que la Ville leur donne. C’est que du positif, pour nous, pour eux, pour tout le monde.

«C’est du respect que la Ville leur donne.»

Ça fait un moment que j’entends dire que la Soupe va être détruite et reconstruite, mais là, c’est super! Qu’on soit au propre et qu’on soit dans la paix, que les gens soient reçus dans un endroit digne et qu’ils soient assis à des tables pour manger, que l’équipe de la Soupe puisse enfin travailler dans des conditions décentes, on ne peut pas demander mieux! Si une personne se sent respectée, je pense qu’elle va mieux respecter ce qu’on lui donne. Même si c’est populaire, il faut lui donner les moyens de se sentir quelqu’un.

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