Okko, voyage dans un Japon fantastique

Boris Bruckler, conservateur ad interim du Centre BD de la Ville de Lausanne, vous propose de (re)découvrir la série de bande dessinée fantastique Okko (éditions Delcourt), dessinée et scénarisée par l'excellent Hub, alias Humbert Chabuel de son vrai nom.

Le contexte

La série Okko prend place dans un Japon médiéval-fantastique. Un Japon – appelé ici l’empire du Pajan – où des samouraïs guidés par leur très strict code de l’honneur s’affrontent pour la plus grande gloire de leur seigneur. Mais la lame du katana de ces guerriers n’est pas le seul danger de cet univers, puisqu’il est également peuplé par les yokaïs, ces monstres issus du riche folklore nippon.

Le personnage central de la série est Okko, un samouraï. Ou plutôt, un rônin, c’est-à-dire un samouraï sans maître, un statut infamant puisqu’il résulte normalement de l’expulsion du clan ou de la dissolution de ce dernier. Okko, au lieu de mener une vie de brigandage pour survivre, comme c’est souvent le cas pour les rônins, devient chasseur de monstres. Accompagné par Noburo, un mystérieux géant portant constamment un masque de démon, de Noshin, un moine alcoolique au dernier degré mais ayant le pouvoir d’invoquer les kamis (divinités et esprit élémentaires dans la religion shinto) et enfin de Tikku, le jeune apprenti de Noshin, Okko parcourt l’empire du Pajan, suivant sa propre voie du guerrier.

Une série en cinq diptyques

C’est là une des grandes forces de cette série en 10 tomes qui est séparée en 5 diptyques, 5 doubles albums qui reprennent les cinq anneaux du traité du célèbre Miyamoto Musashi: l’eau, la terre, le vent, le feu et, finalement, le vide. Chacun de ces diptyques, ou cycle, a une tonalité bien particulière. Le cycle de l’eau est une chasse au monstre sordide et dramatique; celui de la terre est une quête de savoir dans des montagnes hostiles et hantées, celui du vent est une confrontation entre différentes visions de la voie du guerrier, celui du feu est un drame politique, où le feu de l’amour rencontre le feu de la guerre ; enfin, le dernier cycle, celui du vide, nous conte le prologue et l’épilogue des aventures d’Okko.

Chaque diptyque est un récit complet qui permet à l’auteur d’explorer un aspect de son univers, tout en gardant une très grande cohérence avec les autres cycles et cela jusqu’au dernier. Point très positif, la série se conclue. Pas de production commerciale à rallonge, Hub a su mettre un point final à Okko, ce qui est tout à son honneur.

Le dessin

Certaines planches sont tout simplement magnifiques. Le dessin de Hub est léché mais toujours d’une très grande lisibilité. L’artiste maîtrise à la perfection le découpage et la mise en page. Le résultat? Des scènes de combats hyper dynamiques, des course-poursuites haletantes, mais aussi des moments de respiration, de contemplation, avec toujours avec une parfaite lisibilité, et même une certaine harmonie. Le trait est acéré et précis comme un coup de katana, les cadrages dignes des meilleurs films de samouraïs.

Le scénario

Le scénario est comme le dessin un très grand succès. Hub réussit un numéro d’équilibriste entre action, aventure, drame et fantastique, avec même des pointes d’humour qui apportent de la légèreté dans un récit qui serait peut-être sans cela un peu trop sérieux. Car Okko, ce n’est pas de la fantasy «japoniaisante» bas de gamme avec de valeureux samouraïs sauvant la veuve et l’orphelin. Au contraire, l’histoire est sombre, réaliste, finalement très humaine. Les personnages ont tous des motivations qui leur sont propres. Okko n’est absolument pas un justicier. Il est dur, sans pitié et n’a aucune compassion pour les faibles. C’est un homme en colère, en guerre contre le monde, au passé marqué par la souillure, comme on l’apprend dans le dernier cycle.

En conclusion

Si vous aimez l’aventure, l’action et le drame, tout cela proposé dans un univers original et adulte, Okko est fait pour vous! Vous ne serez pas déçu du voyage dans ce Japon fantastique. Dépaysement garanti! Et si le Japon ne vous intéresse pas, alors jetez un coup d’œil à la dernière série de Hub, Le serpent et la lance, un thriller se déroulant dans… l’Empire Azthèque!

Boris Bruckler

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