Haros sur les stéréotypes de genre au cinéma

La chercheuse et médiatrice culturelle Chloé Hofmann propose un atelier pour décrypter l’image des femmes et des hommes sur les écrans.

© Maude Gyger

Le cinéma et les séries TV sont-ils de bons postes d’observation en ce qui concerne les stéréotypes de genre?

Le cinéma et les séries véhiculent souvent une vision normative et idéalisée des identités de genre et contribuent ainsi à former notre vision du monde. Les stéréotypes auxquels nous sommes quotidiennement confronté·e·s tendent à renforcer des comportements qui nous apparaissent comme «naturels» mais qui sont en fait des constructions sociales. Avoir conscience que les normes instaurées sont de l’ordre de la croyance et non du biologique permet de faire évoluer les représentations, mais aussi les mentalités et d’aller vers plus d’égalité.

Des superhéroïnes comme Wonder Woman, Catwoman ou Superwoman valorisent-elles les femmes ou non?

Cela dépend. Dans le cas de la figure de Wonder Woman, qui est analysée dans l’atelier, c’est ambivalent. Certaines scènes du film Wonder Woman de Patty Jenkins insistent par exemple sur le lien entre la superhéroïne et ses protégé·e·s qu’elle ne supporte pas de voir souffrir. Malgré son grand courage et sa détermination, Wonder Woman est également dans l’empathie, un trait de caractère associé au féminin. C’est aussi un personnage qui est très peu violent comparé aux superhéros masculins. Dans une scène sur un champ de bataille – le film a lieu durant la Première Guerre mondiale –, Wonder Woman repousse les balles ennemies grâce à son armure et à son bouclier mais ne tue personne. Ce sont ses camarades de guerre, tous des hommes, qui s’en chargent…

Quelles sont les caractéristiques prétendument masculines ou féminines attachées aux personnages du petit et grand écran, que l’on retrouve le plus souvent et auxquelles vous souhaitez nous rendre attentif·ve·s?

Les femmes sont en général rattachées au monde domestique. Elles prennent soin des gens qui les entourent, sont discrètes, à l’écoute et veillent à l’éducation des enfants. Les hommes, au contraire, sont souvent représentés comme attachés à la sphère publique. Ils sont le sujet de l’action, font avancer l’histoire. Ceci dit, il existe des représentations moins stéréotypées mais cela ne veut pas dire pour autant qu’elles sont progressistes. Comme l’a démontré ma collègue Mireille Berton, spécialiste de ces questions, les séries contemporaines accordent une place importante à des héroïnes féminines fortes, compétentes et indépendantes. Cependant, ces femmes, qui n’ont rien à envier aux hommes sur le plan professionnel, ne renvoient pas qu’une image positive puisque nombre d’entre elles apparaissent comme peu stables sur les plans émotionnel et personnel.

Quelle série TV vous semble exemplaire et non-stéréotypée?

La série Girls, imaginée et réalisée par Lena Dunham qui incarne également Hannah, le personnage principal, me semble intéressante. Hannah est une héroïne qui n’est pas conforme aux standards de beauté véhiculés par le cinéma et les magazines féminins, et participe donc à les déconstruire. Elle n’est pas particulièrement ambitieuse, n’a pas de stabilité financière ni affective mais propose une féminité qui refuse de coller au modèle imposé par la génération de ses parents.

Propos recueillis par Isabelle Falconnier

Evénements

Par Chloé Hofmann, chercheuse en histoire et esthétique du cinéma

Le héros est trop fort et l’héroïne trop sexy! Vous aussi, vous avez trop souvent une curieuse impression de déjà-vu mâtinée de clichés en sortant de la salle de cinéma ? Cet atelier propose d’analyser les représentations de genre grâce à des exemples tirés de séries et de films américains (Wonder Woman, Goldfinger, Girls, etc.). En nous appuyant sur différentes séquences, nous essayerons de comprendre comment le cinéma offre souvent une vision normative et idéalisée des identités de genre mais représente aussi, parfois, des féminités et des masculinités complexes qui échappent aux normes instaurées.

Bibliothèque Chauderon
Quand Samedi 9 octobre 2021 de 13h30 à 15h30
Public Dès 15 ans, entrée libre sur inscription

 

Bibliothèque Montriond
Quand Jeudi 11 novembre 2021 de 19h à 21h
Public Dès 15 ans, entrée libre sur inscription

 

Delphine et Carole, insoumuses

Le film documentaire Delphine et Carole, insoumuses présente Carole Roussopoulos, pionnière de la vidéo et féministe, qui avait décidé en 2009 de réaliser un film sur Delphine Seyrig, célèbre comédienne, disparue en 1990 sans pouvoir réaliser son projet. Sa petite-fille, Callisto McNulty, a repris ce projet pour proposer le portrait croisé de ces deux femmes, ainsi que de leur féminisme décomplexé et insolent. Sur place, un choix de DVD à emprunter sera proposé.

Bibliothèque Montriond
Quand Jeudi 25 novembre 2021 de 19h30 à 21h
Public Dès 16 ans, entrée libre sur inscription

 

Coordonnées

Les Bibliothèques de la Ville de Lausanne
Service des bibliothèques et archives

Place Chauderon 11
1003 Lausanne  

+41 21 315 69 15
Ecrivez-nous

Facebook
Youtube

Actualités

Bus: tl 18: Port-Franc; tl: Chauderon
Métro: m1: Vigie; m2: Lausanne-Flon
LEB: Chauderon