Martin Strebel, un restaurateur au chevet des archives de la Ville

Le restaurateur zurichois Martin Strebel collabore avec les Archives de la Ville de Lausanne depuis plus de 30 ans. Portrait d’un passionné qui sait donner une nouvelle vie aux précieux registres, parchemins et autres plans médiévaux.

© Marion Zmilacher - Ville de Lausanne
Les registres restaurés par Martin Strebel sont accompagnés d’un rapport de restauration détaillé.

En ce début d’été, Martin Strebel débarque aux Archives de la Ville de Lausanne, rue du Maupas, avec un gros chariot sur roulette qu’il a tiré depuis la gare.

A l’intérieur, soigneusement emballés, trois documents appartenant aux Archives tout juste restaurés par ses soins: un registre des Mises en enchères des dîmes appartenant au Corps de Ville de Lausanne daté des années 1748 à 1755 ainsi que deux registres du Manual du Conseil de Lausanne, l’un daté des années 1780 à 1783, l’autre des années 1605 à 1607. «Je fais tout en train, c’est plus confortable et écologique. Je me suis fait fabriquer sur mesure un chariot qui passe entre les couloirs des sièges du train !»

Chaque année depuis 1988, les Archives de la Ville confient au restaurateur d’Hunzenschwil, dans le canton d’Argovie, la restauration de quelques registres antérieurs à 1803, selon les urgences et le budget à disposition. Situé à une demi-heure de Zurich, l’Atelier Strebel emploie sept personnes, sous la houlette de Martin et de son épouse. Leur clientèle ? Les archives communales ou paroissiales de villes ou villages dans toute la Suisse, des bibliothèques cantonales ou des archives cantonales, que ce soit à Lausanne ou dans les Grisons. A l’étranger parfois aussi: Martin Strebel se souvient avec émotion d’avoir été appelé à Weimar, suite à l’incendie de la fameuse bibliothèque Anna Amalia en 2004, pour restaurer, avec deux autres ateliers, le fonds d’Helvetica.

Sa spécialité ? Tout ce qui touche à la restauration et conservation du papier et à la reliure. Soit les livres, gravures, cartes, manuscrits sur papier et parchemin, affiches, le tout du Moyen Age jusqu’au 20e siècle. La veille, il était à Trogen, dans le canton d’Appenzell, pour conseiller l’archiviste cantonal quant à la stratégie de conservation de son fonds d’archives du 19e siècle, dont le papier acide vieillit trop vite. «J’essaie de trouver des solutions réalistes pour les clients. Inutile de proposer des solutions idéales mais trop chères, trop compliquées.»

Enigmes à résoudre

La Suisse compte seulement une dizaine d’ateliers de restauration et de conseils en restauration et conservation, tels que le sien. Après une formation de laborant en chimie, puis une première vie dans l’art et la sculpture, Martin Strebel découvre l’univers des papiers peints lors de la restauration du château de Stockalper à Brigue. Il se forme à la Bibliothèque universitaire de Berne puis, lorsque les Archives nationales ouvrent un atelier de restauration, en devient le responsable, avant de se lancer en indépendant en 1988.

«J’aime la diversité de ce métier. Impossible de tomber dans la routine! Chaque mandat réserve son lot de surprises, d’énigmes à résoudre. Les travaux les plus exigeants ne sont pas ceux du Moyen Age, comme on pourrait le penser, mais ceux liés à des archives ou ouvrages depuis 1850: pour réduire les coûts, la qualité du papier et des cuirs a été réduite, les rendant plus difficiles à restaurer. » Le document le plus célèbre qu’il ait tenu entre ses mains (gantées) est un des incunables (soit un livre imprimé en Europe avant 1501) les plus célèbres, soit Liber Chronicarum, dite La Chronique de Nuremberg, de Hartmann Schedel, exposée à Fribourg pour les 600 ans de Nicolas de Flue en 2017.

Au sous-sol du bâtiment des archives lausannoises, il déballe précautionneusement les registres restaurés. Son travail s’est concentré notamment sur les reliures en cuir et en parchemin, les attaches, et les renforcements des registres, avec nettoyage de la colle ancienne au dos, pose d’une nouvelle claie en toile pour renforcer l’ouvrage. Les registres restaurés sont livrés dans un «book shoe» en carton non acide et accompagnés d’un rapport de restauration détaillé. Chacun des registres a demandé entre 30 et 60 heures de travail. «C’est émouvant de travailler sur ces ouvrages, ils sont essentiels pour comprendre les décisions prises par la Ville de Lausanne au cours du temps. Sans ces archives, nous perdrions notre mémoire collective.»

Propos recueillis par Isabelle Falconnier, juillet 2020

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