La poésie selon Stéphane Blok

Stéphane Blok est l'invité de notre première résidence numérique littéraire. Le poète et musicien lausannois est également président du jury du concours de poésie «Ecris tes lignes de vie!» et propose une soirée autour de son récent recueil Autres poèmes. Le printemps sera poétique ou ne sera pas!

© Basile Amacher

Vous êtes à la fois poète, avec plusieurs recueils à votre actif, et musicien, avec une quinzaine d’albums sortis depuis 1995. Poète, musicien, quels liens?

La poésie et la musique sont plus proches que ce que l’on imagine: le mot est musique, et la musique est narration. La principale différence réside dans la diffusion: la musique est un art de la scène qui nous fait voyager, rencontrer des gens, collaborer. La poésie se vit généralement dans la solitude: tous les voyages décrits par Pessoa ont été composés depuis son appartement. La poésie sonore et la mouvance des années soixante et septante - Ginsberg ou Burroughs - où les textes sont dits sur scène, restent assez rares, surtout en francophonie.

 

Comment la poésie est-elle entrée dans votre vie?

La poésie m’a toujours accompagné mais je n’ai jamais eu la conscience d’être poète. Être poète ne découle pas d’une volonté. Est poète qui veut, il faut simplement décrire ce que l’on voit, dire ce que l’on ressent et exprimer ce que l’on pense sur le papier: c’est notre regard sur la réalité qui fait l’art.

Quelles poétesses et poètes vous accompagnent?

Je lis de la poésie depuis mon adolescence, et d’aussi loin que je me souvienne, tous les poètes, et poétesses, m’ont touché. Le fait même que des personnes témoignent de leur réalité en utilisant la poésie est touchant. Je ne peux pas sortir quelqu’un du lot. D’autant que j’adore les poèmes médiévaux, la poésie arabe, ou les haïkus japonais: le spectre est large.

Quel fil rouge guide votre vie artistique, qui vous mène autant à collaborer avec des compagnies de danse, de théâtre, des artistes multimédia, des choeurs ou la Fête des Vignerons?

Cela peut paraître éclectique mais ma vie artistique est très unie: quel que soit le support choisi, mon propos est constant. Je crois que tout au long de sa vie, on ne peint qu’une toile, on ne réalise qu’un film, on ne compose qu’une unique musique et sur le papier n’est couché qu’un seul poème, que l’on réécrira sans cesse, qui évoluera avec nous.

Pourquoi la poésie a-t-elle toujours une image élitiste?

Elle n’est pas élitiste, elle n’est simplement plus populaire parce que mal diffusée. Beaucoup de gens écrivent, mais cela n’est pas visible. Est-ce gênant? Pas tant que ça: le fait que la poésie ne soit pas rentable la soustrait aux lois de l’économie de marché. Est-ce que tout doit être à vendre? Disponible sur les rayons des grandes surfaces? La poésie sait se cacher et se nourrir d’autre chose.

Plusieurs de vos poèmes de votre recueil Autres poèmes évoquent la nature, les animaux. On vous prend pour un urbain. À tort?

J’ai toujours été un rat des villes et j’ai toujours utilisé le milieu urbain comme support: c’est une première, et je ne pense pas une dernière. J’écrivais surtout la nuit, et me voilà du petit matin. Ainsi, «changer» peut probablement être un moyen de faire toujours la même chose, sans en avoir l’air.

Je vous cite: «Je crois que je n’ai jamais rien écrit / que mon incompréhension.» Que cherchez-vous à comprendre?

Je ne cherche pas à comprendre, tout comme je ne cherche pas à répondre aux questions qui nous entourent. Le mystère fait partie de notre condition, il est suffisant pour moi de l’appréhender et de le décrire.

Propos recueillis par Isabelle Falconnier

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