Rencontre avec Caroline Coutau

La patronne des éditions Zoé est l’invitée du Club de lecture de la Bibliothèque Montriond cet automne. Interview.

© Eddy Mottaz

En tant qu’éditrice, les lecteur·trice·s des livres que vous publiez sont-ils au coeur de vos préoccupations?

Je pense d’abord au texte en tant que tel car c’est lui que la lectrice ou le lecteur aura dans les mains. Avant de m’intéresser à l’auteur·trice ou au lectorat, c’est l’écriture qui doit me parler, sonner juste: si je n’entends pas dans l’écriture une musique, une voix, un souffle dont la singularité est évidente et qui n’appartient qu’à son auteur·trice, alors je ne peux pas publier. Si la musique est feinte (copiée, dans la pose), alors non plus. Mais si la petite voix est très intérieure, qu’elle provoque images mentales et donc émotions, alors je prends et n’ai qu’une envie: que d’autres que moi puissent l’entendre, cette voix.

 

Avez-vous beaucoup de retours de vos lecteur·trice·s?

Oui, beaucoup de retours, via les réseaux sociaux ou des lettres envoyées par la poste, pendant des festivals, des salons, des rencontres littéraires ou via les libraires ou les autrices et les auteurs eux-mêmes. Rarement de conseils en revanche; les questions concernent les prochaines sorties d’auteur·trice·s que les lecteur·trice·s suivent.

Vous publiez de nombreux auteur·trice·s romand·e·s contemporain·e·s, comme Elisa Shua Dusapin, Aude Seigne, Blaise Hofmann, Max Lobe. Sont-ils·elles bien perçu·e·s par les lecteur·trice·s romand·e·s?

Oui absolument. Les gens sont curieux de ce qui s’écrit près de chez eux, touchés que des écritures et des imaginaires si puissants puissent émerger dans leur ville, leur région, leur pays, des lieux qu’ils connaissent bien.

Quelle lectrice êtes-vous personnellement?

Je suis une lectrice sévère et appliquée avec crayon à la main quand je travaille, mais je fais tout pour garder une fraîcheur, même si je lis pour la quatrième fois le manuscrit. Et je suis une lectrice vorace quand je ne travaille pas. J’ai un plaisir d’enfant à me plonger dans un autre monde, à me faire transporter par les réflexions d’un·e auteur·trice, c’est un plaisir électrisant que de s’oublier soi-même.

Quels sont les livres et les auteur·trice·s qui vous ont marqués?

Duras, Sarraute, Beckett, Claude Simon pour leur écriture et leur manière de faire entendre ce qu’il y a entre les mots, dans le silence. Et puis ensuite des Américain·e·s pour leur puissance de récit, Toni Morrison, Carson Mac Cullers, Franzen, Russell Banks. J’ai lu récemment Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq, impressionnée par sa sensualité et Une courte lettre pour un long adieu de Peter Handke, dont la précision et la finesse m’ont saisies.

Propos recueillis par Isabelle Falconnier

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