Claude-Inga Barbey, la résistance par l’écriture, les factures papier et la cigarette

La comédienne, humoriste et écrivaine Claude-Inga Barbey publie un nouveau recueil de chroniques. Drôle, piquant, doux-amer, «Poussières du Sahara» (éditions Favre) raconte le Covid, les réseaux sociaux et la vie qui va. Ne manquez pas la grande rencontre avec Claude-Inga Barbey au menu de Lire à Lausanne 2022, mercredi 24 août à 19h au Théâtre Boulimie! Entretien.

Grande rencontre avec Claude-Inga Barbey

© RTS/ Philippe Christin

La comédienne, humoriste et écrivaine Claude-Inga Barbey

Quand et pour qui les chroniques de ce nouveau recueil «Poussières du Sahara» ont-elles été écrites?

J’ai écrit ces chroniques pour le média Heidi News. Elles s’échelonnent sur une année. Le dernier tiers est inédit: ce sont des chroniques que j’ai écrites dans le courant de la même année, mais trop longues pour être publiées dans la presse.

Qu’aimez-vous dans l’art de la chronique?

Ce que j’aime avec le format des chroniques, c’est qu’elles sont à l’échelle du quotidien de chacun d’entre nous. Ce sont des réflexions courtes sur une situation de société ponctuelle. La chronique, c’est le lien entre ce qui se passe dedans et ce qui se passe dehors. Il y a toujours un lien, en fait… C’est ce mélange fiction-réalité qui me plaît. Je trouve qu’il fait résonner les choses sans les «expliquer».

Vous êtes comédienne, humoriste, mais aussi écrivaine. Quelle place tient l’écriture dans votre vie? 

J’aimerais qu’elle prenne toute la place! Mais je dois encore gagner ma vie, et si vous n’avez pas écrit «Harry Potter», c’est compliqué de vivre de l’écriture en Suisse, voire impossible…

Plusieurs des chroniques de ce recueil ont été écrites durant la période Covid. Le Covid, et ce qui l’a accompagné, a-t-il été une source d’inspiration pour les artistes en général, pour vous en particulier? 

Je pense que la période Covid n’a rien eu de positif. Absolument rien. Elle a fait monter l’anxiété générale et tué des gens. Elle a d’abord fait émerger un esprit de solidarité entre les gens, ainsi qu’un désir de changement radical. Regardez maintenant - tout est exactement comme avant, voire pire. La peur engendre la méfiance qui engendre la haine. Non, le Covid ne m’a rien apporté artistiquement.

En quoi est-ce bon de se replonger, grâce à ces chroniques, dans ce que nous avons traversé d’insolite?

Comme dans toutes les situations, il y a quelque chose à retirer de cette période inédite et étrange. Il est intéressant de raconter comme nous sommes passés de la solidarité à la méfiance. Avec le climat et les restrictions engendrées par la guerre en Ukraine, je pense qu’il va être très difficile d’être tous ensemble pour sauver la planète. Mais parfois, il peut être utile de se regarder d’en haut, et de décrypter ses réactions à travers le prisme de l’humour. Rire de soi, c’est déjà se pardonner à moitié.

Vous êtes critique des réseaux sociaux, «média des médias», et de leurs dérives fréquentes. Comment faire avec, malgré tout?

Personnellement, je n’ai pas la solution. On n’expose plus les faits dans les médias, mais des opinions. Et les groupes de presse font aujourd’hui leur marché sur les réseaux sociaux. Je préfère me retirer, parce que je ne maîtrise pas.

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Dans l’introduction de «Poussières du Sahara», vous parlez de résistance, notamment par l’écriture. En quoi écrire des chroniques peut-il être un acte de résistance?

L’acte de résistance, en ce qui me concerne, c’est l’écriture, tant que je peux encore la pratiquer sans censure. Pour moi, intimement, résister prend de nombreuses formes. Je fume, je bois, je ne fais pas d’achats sur internet et je ne fais pas mes payements par E-banking, même si je dois payer un supplément pour les factures papier. Et je vous avertis: plus on m’emmerdera, plus je fumerai.

Vous relevez le climat anxiogène et culpabilisateur dans lequel nous vivons. Vous vous demandez comment continuer à «être vrai» malgré ce climat. Y arrivez-vous?

Je ne sais pas si je suis «vraie». Je suis comme tout le monde. Il y a des moments où je me sens «juste», quand je garde mes petits-enfants par exemple, ou que j’écris. Quand je fais à manger, quand je lis… Mais il y a beaucoup de situations où je m’adapte à des choses qui me rendent malade. Des petits bobos pour l’instant. Ma marge de résistance s’amenuise avec l’âge. On devient plus peureux quand on vieillit, parce que le corps a moins de force.

Vous avez connu une année 2021 intense, avec à la fois le succès de votre spectacle «Manuela» et de la Revue de Genève, mais aussi les débats autour de certaines de vos vidéos du Temps. Comment avez-vous traversé tout cela?

Je croyais avoir surmonté mon éviction polie du journal Le Temps parce que, comme d’habitude, j’ai réagi très fort juste après, en essayant de décrocher des contrats, par exemple, pour pallier le manque d’argent. Mais depuis la fin du printemps, je me sens nettement moins bien. J’ai perdu la confiance que j’avais dans mon employeur, j’ai perdu confiance en moi, et cette situation m’a beaucoup fragilisée. Ce qui m’a le plus blessée, c’est de me faire traiter de vieille réac, moi qui défends les minorités à travers mon travail, moi qui ai toujours voté extrême gauche. Ils se sont trompés de cible. Mais malheureusement, ils m’ont touchée.

Ce livre de chroniques est dédié à la comédienne Doris Ittig. Qui est-elle pour vous?

Doris est une amie, elle est l’autre grand-mère de nos petits-enfants, puisque son fils aîné a épousé ma fille, et une partenaire de scène depuis 25 ans. Mais Doris a attrapé un cancer en janvier, et tout cet équilibre amical, familial, professionnel est en train de se péter la gueule autour de moi. Elle a toujours été capable de voir des choses que je ne voyais pas: elle est pragmatique, moi pas. Elle sait où est notre intérêt, moi pas. Et moi, je pense que je lui sers à mettre en mots et en théâtre ce qu’elle a dans la tête. J’ai beaucoup de peine à imaginer la suite sans elle. Je ne veux même pas y penser…

Que peut-on vous souhaitez-vous pour la suite de votre vie?

Vous pouvez me souhaiter… la paix. La paix et la joie. Comme Alexandre Jollien. Je voudrais ne plus avoir peur pour mes enfants, pour l’argent, bref, ne plus avoir peur du tout. Être capable de maîtriser ce que je peux maîtriser, et de lâcher ce qui n’est pas de ma responsabilité. Un peu comme les alcooliques anonymes si vous voulez…

Propos recueillis par Isabelle Falconnier

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