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Douce rencontre avec Samy Manga, amère réalité derrière la culture du cacao

L'écrivain et écopoète Samy Manga est en tournée européenne pour sensibiliser et informer sur l'amère réalité derrière la culture du caco. Ce Camerounais d'origine s'est inspiré du travail de son enfance pour écrire «Chocolaté - le goût amer de la culture du cacao». Son portrait avant sa rencontre le 17 avril à la Bibliothèque Chauderon.

© Droits réservés

Samy Manga a plusieurs cordes à son arc: il est à la fois écrivain, écopoète, ethno-musicien, sculpteur et militant écologiste. Il assume également divers rôles: fondateur de l’association Écopoètes International et directeur artistique de l’espace culturel lausannois ArtViv Projet. Révolté par l’amère réalité derrière la culture du cacao, ce Camerounais d’origine s’est inspiré du travail de son enfance dans les plantations de cacao pour écrire son quatrième livre, «Chocolaté - le goût amer de la culture du cacao», publié en 2023 aux Éditions Écosociété de Montréal.

Un chocolat éthique, «ce n’est pas juste une étiquette collée sur une tablette»

Un chocolat éthique rassemble plusieurs conditions, des plantations jusqu’à la tablette. Il honore une équité rémunératoire, tant au niveau de la production que de la vente. Son processus de fabrication englobe une volonté de traçabilité et de préservation correcte de la nature. Il garantit également le respect, à la fois de ses composants, de sa quantité de sucre et de sa teneur en cacao. L’équitabilité du chocolat, Samy Manga le rappelle: «ce n’est pas juste une étiquette collée sur une tablette». Si l’Organisation Internationale du Cacao propose des normes, le problème est qu’elles ne sont pas forcément respectées. «Dans les pays producteurs, le revenu minimum n’existe pas», déplore Samy, et il en sait quelque chose, ayant travaillé jusqu’à 14 ans dans des plantations de cacao. Alors qu’il n’était qu’un enfant, il se souvient avoir été frappé par la triste réalité de la servitude du cacao: «nous ne faisions que tourner en rond. Quels que soient les efforts fournis, nous n’arrivions jamais à sortir de la pauvreté. Nos conditions de vie ne s’amélioraient pas, mais il fallait continuer à travailler pour maintenir ce peu».

Pendant son enfance au Cameroun, Samy n’avait jamais goûté de chocolat. Il ignorait ce que devenaient les fèves de cacao une fois parties de son village. Les industries occidentales prospères du chocolat n’étaient pas un sujet abordé par les acheteurs européens de cacao. Une fois adulte, lorsque Samy découvre le chocolat, il comprend aussi les enjeux humains, économiques et environnementaux qu’implique la culture du cacao. Il prend conscience de ce qu’il nomme «la double servitude du chocolat», car elle touche autant les planteurs de cacao que les consommatrices et consommateurs mal informés. Et il se rend compte, à la sortie de son livre «Chocolaté - le goût amer de la culture du cacao», que la plupart de ses lectrices et lecteurs ignoraient jusque-là les conditions de travail dans les plantations de cacao d’Afrique. «Ça doit être su», tranche Samy, d’autant plus que la situation a trop peu évolué depuis son enfance. En effet, les agriculteurs agrandissent toujours les plantations en espérant une amélioration de leurs conditions de vie. Malheureusement, cette pratique accélère la déforestation, appauvrit les sols et détruit la faune. «Ce n’est même plus révoltant», s’insurge Samy, même s’il sait que le changement serait un challenge. «Tout le monde doit faire sa part pour le respect et la promotion du vivant.» Pour lui, il s’agit d’abord de bon sens. Cependant, si tous les chocolats ne sont pas équitables, il doit y avoir une explication. D’après Samy, «l’amour de l’argent nous fait passer à côté de ce qui est réellement utile et important pour les humains et la planète».

Il est nécessaire de savoir et d'agir

L’écopoète estime qu’il est nécessaire de savoir. «C’est en partie le travail de l’art engagé, faire savoir ce qui est tu», d’où l’écriture de «Chocolaté - le goût amer de la culture du cacao». «Je ne dis pas qu’il faut arrêter de consommer du chocolat, mais nous vivons une époque confuse où nous sommes obligés de prendre en compte les enjeux écologiques, économiques et humains liés à la production à grande échelle du chocolat».

Grâce à la publication de son livre, Samy a pu nouer des contacts avec des structures de chocolat à vocation écoresponsable, notamment Onde de choc à Yverdon-les-Bains. Ensemble, ils mobilisent leurs différentes démarches pour sensibiliser les consommateurs, les planteurs, les multinationales et les autorités en charge de réguler ce secteur d’activité.

Son ouvrage est en lice pour plusieurs prix littéraires. Il est également finaliste du Prix des 5 Continents de la Francophonie 2023. Ce succès médiatique ne se dément pas, tant qu’il est compris que ce n’est pas un simple récit. Comme le dit l’auteur: ««Chocolaté - le goût amer de la culture du cacao» est avant tout un manifeste écopoétique en faveur de l’écologie et de la biodiversité, un appel à la mobilisation contre le consumérisme. Il est possible de produire et de consommer autrement. L’urgence d’une chaîne de prise conscience est de plus en plus nécessaire». Si jusqu’ici Samy est satisfait de l’accueil que reçoit son livre depuis sa sortie, il tient à rappeler que «si la situation décrite dans ce livre ne change pas concrètement sur le terrain, je le considérerai en partie comme un échec».

Toucher l'âme et le cœur des gens

«Chocolaté - le goût amer de la culture du cacao» n’est pas une œuvre de fiction, mais une part du passé de son auteur. Une fenêtre par laquelle il est retourné pour mieux décrire le mal qui ronge les cultivateurs de cacao. «Au-delà de ma propre expérience, je voulais aussi raconter l’histoire du colonialisme vert», déclare Samy, trouvant trop prétentieux de ne mettre en avant que sa propre personne. Il espère que son livre continuera à sensibiliser les lectrices et lecteurs. Selon lui, faire passer le message écoresponsable par le cœur des gens donne une chance au changement des consciences de s’opérer. Plus largement, il considère que c’est aussi le rôle de l’art, au-delà de divertir. Il explique: «le changement de notre société sera plus probant lorsqu’on apprendra à mieux toucher le cœur des gens au lieu de leur tête. Il y aura toujours des différences entre les humains, mais il nous faut toujours approcher le cœur des gens plutôt que leur cerveau. C’est la ligne directe la plus efficace». Pour conclure, il rappelle que «même si ça peut paraître utopique pour certains, n’oubliez jamais que c’est la poésie qui sauvera le monde!»

Anaïs Sancha

Le goût amer du cacao

Y’en a point comme nous pour dévorer du chocolat! Environ 10kg par personne par an, mais savons-nous bien ce que cache la culture du cacao? Une histoire personnelle, celle de Samy Manga, auteur et musicien qui, comme son personnage, Abéna 10 ans, a travaillé avec son grand-père dans les plantations de cacao, au Cameroun. Et parce que consommer responsable est possible, le chocolatier «Onde de choc» vous proposera de découvrir son travail et sa philosophie du chocolat accompagné d’une dégustation légère.

  • Bibliothèque Chauderon, mercredi 17 avril de 17h à 18h30, dès 15 ans, sur inscription.