Stéphane Blok, le grand entretien

Auteur en résidence littéraire numérique du printemps 2021, Stéphane Blok se confie sur son lien à la poésie.

© JP Fonjallaz
Stéphane Blok, l'auteur en résidence littéraire numérique du printemps 2021

Né à Lausanne en 1971, Stéphane Blok est écrivain, poète, auteur-compositeur et musicien. Artiste multifacettes, compagnon artistique de Léon Francioli, Nicolaï Schlup, Arthur Besson ou Pierre-Yves Borgeaud, il compose des livrets de chœurs, des musiques de films, crée des installations multimédias, collabore avec des compagnies de danse et de théâtre.

Il est en 2019 co-librettiste de la Fête des Vignerons 2019 avec Blaise Hofmann. Auteur d’une quinzaine d’albums, il signe une dizaine d’ouvrages poétiques, dont Autres Poèmes, Les Fables de la joie ou Les Illusions, parus chez Bernard Campiche Editeur.

Vous êtes à la fois poète, avec plusieurs recueils à votre actif dont Les Illusions, Lac Léman vu de ma fenêtre ou Autres poèmes, et musicien, avec une quinzaine d’albums sortis depuis 1995. Poète, musicien, quels liens?

La poésie et la musique sont plus proches que ce que l’on imagine: le mot est musique, et la musique est narration. La principale différence réside dans la diffusion: la musique est un art de la scène qui nous fait voyager, rencontrer des gens, collaborer. La poésie se vit généralement dans la solitude: tous les voyages décrits par Pessoa ont été composés depuis son appartement. La poésie sonore et la mouvance des années soixante et septante - Ginsberg ou Burroughs - où les textes sont dits sur scène, restent assez rares, surtout en francophonie.

Comment la poésie est-elle entrée dans votre vie?

La poésie m’a toujours accompagné mais je n’ai jamais eu la conscience d’être poète. Être poète ne découle pas d’une volonté. Est poète qui veut, il faut simplement décrire ce que l’on voit, dire ce que l’on ressent et exprimer ce que l’on pense sur le papier: c’est notre regard sur la réalité qui fait l’art.

Quelles poétesses et poètes vous accompagnent?

Je lis de la poésie depuis mon adolescence, et d’aussi loin que je me souvienne, tous les poètes, et poétesses, m’ont touché. Le fait même que des personnes témoignent de leur réalité en utilisant la poésie est touchant. Je ne peux pas sortir quelqu’un du lot. D’autant que j’adore les poèmes médiévaux, la poésie arabe, ou les haïkus japonais: le spectre est large.

Quel fil rouge guide votre vie artistique, qui vous mène autant à collaborer avec des compagnies de danse, de théâtre, des artistes multimédia, des choeurs ou la Fête des Vignerons?

De l'extérieur cela peut paraître éclectique en effet, mais de mon point de vue, ma vie artistique est très unie: quel que soit le support choisi, mon propos est constant. Je crois que tout au long de sa vie, on ne peint qu'une toile, on ne réalise qu'un film, on ne compose qu'une unique musique et sur le papier n'est couché qu'un seul poème, que l'on réécrira sans cesse. Il évoluera avec nous, exprimera nos humeurs ou les couleurs des saisons qui se succèdent. 

Pourquoi la poésie a-t-elle encore et toujours une image élitiste? 

Elle n'est à mon avis pas élitiste, elle n'est simplement plus populaire, parce que mal diffusée. Beaucoup de gens écrivent, mais cela n'est pas forcément visible. Est-ce gênant? Peut-être pas tant que ça: le fait que la poésie ne soit pas rentable la soustrait aux lois de l'économie de marché. Est-ce que tout doit être à vendre? Disponible sur les rayons des grandes surfaces? La poésie sait se cacher et se nourrir d'autre chose. Depuis toujours.

Plusieurs de vos poèmes de votre recueil Autres poèmes évoquent la nature, les animaux. On vous prend pour un urbain. À tort?

J’ai toujours été un rat des villes et j’ai toujours utilisé le milieu urbain comme support: c’est une première, et je ne pense pas une dernière. J’écrivais surtout la nuit, et me voilà du petit matin. Ainsi, «changer» peut probablement être un moyen de faire toujours la même chose, sans en avoir l’air.

Je vous cite: «Je crois que je n’ai jamais rien écrit / que mon incompréhension.» Que cherchez-vous à comprendre en écrivant?

Je ne cherche pas à comprendre, tout comme je ne cherche pas à répondre aux questions qui nous entourent. Le mystère fait partie de notre condition, il est suffisant pour moi de l’appréhender et de le décrire.

Propos recueillis par Isabelle Falconnier

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