Fichtre illustre l’agenda 2020 des bibliothèques!

L’artiste et dessinateur veveysan Mathias Forbach, alias Fichtre, signe les illustrations du Programme Culturel janvier-juin 2020 du service des Bibliothèques et Archives de la ville. Ça tombe bien: il adore les livres!

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Mathias Forbach, alias Fichtre

Son heure de gloire populaire a sonné cet été, lorsque l’avion Swiss aux couleurs de la Fête des Vignerons, illustré et relooké par ses soins, a survolé sa ville natale de Vevey le jour de la Fête nationale suisse en présence du président de la Confédération et des médias du monde entier. Mathias Forbach, alias Fichtre, né en 1983, formé à l’ECAL à Lausanne puis la HEAD à Genève, cofondateur de l’espace d’art STADIO à Vevey, décline son univers tonique, coloré, dense et humoristique d’affiches en todebags en passant par des affiches, des magazines, des pochettes de disques, des sweatshirts et des fanzines. Quinze de ses dessins illustrent le riche Programme Culturel janvier-juin 2020 du service des Bibliothèques et Archives de la ville. Entretien.

Quel lecteur êtes-vous ?

Je lis tous les jours. J’ai des piles de livres que j’entasse, je lis trois bouquins à la fois, entre essai, roman, bandes dessinées et romans graphiques. Je lis de préférence au réveil et le soir avant de dormir, et aussi entre mes mandats, pour me reposer. De plus je lis aussi Le Temps pour l’information sur mon smartphone ou la version papier.

Quels sont les auteurs, de fiction ou de BD qui vous ont marqué et qui vous inspirent encore?

Alors en ce moment, je suis épris des livres de Christian Bobin, pour sa vision poétique et sensible au monde. Mais j’ai surtout été transporté dans mes lectures par Jorges Luis Borgès, pour ses visions magiques, son érudition et sa capacité à nous faire douter de tous les savoirs et Roberto Bolaño, avec «Les Détectives Sauvages» et «2666» ainsi que tous ses autres livres. Sa manière de raconter la deuxième partie du vingtième siècle d’une manière sensible, réaliste et humaine avec tout ce qui en découle, la beauté comme la misère, m’a retourné. J’ai retrouvé le même sens aigu de folie et réalisme dans «Jérusalem» d’Alan Moore et «L’Infinie Comédie» de à David Foster Wallace, de gros pavés que j’adore pour leur complexité. En bande dessinée, Joan Sfar m’a beaucoup inspiré, ses carnets ont été utile pour me détacher du dessin parfait. «Le chat du Rabbin» et la série «Donjon» qu’il a créée avec Lewis Trondheim est incroyable conceptuellement et visuellement.

Que vous inspire le monde des bibliothèques?

Depuis tout petit, je suis fasciné par les livres. Quand mes parents allaient chez des amis, je passais ma soirée à regarder et lire les livres de leur bibliothèque, par curiosité et pour comprendre le monde. Quand je recevais un nouveau livre, je le mettais à côté de ma tête, pour dormir. Je ne le lisais pas tout de suite, je préférais encore plus l’excitation de l’attente de le commencer. Plus tard, j’ai compris qu’on pouvait faire des liens subtils entre les œuvres, là c’est devenu fou, j’avais l’impression de découvrir un monde sans fin et cet infini m’attirait, ne me faisait aucunement peur. Je cherchais les liens entre les livres, les œuvres, les auteurs. Je dois vivre entouré de livres. C’est comme si les écrivains étaient avec moi, m’accompagnaient sur mon chemin personnel, comme s’ils avaient le pouvoir de m’aider. Et ils m’aident. Si je visite un endroit et qu’il n’y a pas de livres, j’ai l’impression d’un vide et cela me rend tellement triste!

Vos dessins racontent des histoires. La preuve qu’en mots ou images, nous avons tous et toujours besoin d’histoires?

Oui, nous sommes des êtres d’histoires. Chaque traces, dessin ou texte, raconte quelque chose et en même temps révèle un peu de la personne qui l’a fait apparaître dans ce monde. On a un réel besoin d’histoires, pour communiquer, pour nous relier les uns aux autres, pour nous perdre, nous situer et nous retrouver dans cet univers.

Quel futur prédisez-vous au livre? Un avenir papier ou numérique?

Les deux. Rien ne remplacera la sensation du papier tourné à la lueur d’une lampe torche sous un drap, la nuit, à découvrir des histoires qui nous transportent, nous font imaginer plutôt que nous donner des réponses toutes faites. De l’autre côté, le numérique permet de nouveau mode de créations, des apps de romans graphiques qui incluent le geste comme élément narratif, je pense à «Phallaina», magnifique histoire qui se déroule au rythme que l’on lui donne et qui fonctionne bien avec le format smartphone.

Le motif du livre revient de manière logique souvent dans vos dessins de notre programme culturel. Le livre est-il un motif évocateur pour un dessinateur?

Complètement! C’est un objet ultra basique de forme rectangulaire et d’épaisseur variable devenu un lieu commun, un archétype que tout le monde connaît, on peut y inscrire ce qu’on veut dessus, une sorte de mise en abime de la page sur laquelle je dessine, et qui, si on l’ouvre permet d’en faire un objet volant, comme un oiseau, et un objet fluide, si les pages s’envolent. Il a donc plusieurs états, comme la matière! Solide, liquide, gazeux. C’est une sorte de boîte de Pandore en sommes.

Propos recueillis par Isabelle Falconnier

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