Traitements médicaux et esthétiques par le froid
Objectifs de la campagne
L’Inspection du travail de la Ville de Lausanne (ITL), en collaboration avec une hygiéniste du travail indépendante (Mamtra), a déployé une campagne de prévention et d’analyse des conditions de travail dans les établissements réalisant des traitements corporels par le froid à visée médicale ou esthétique. L’objectif étant de faire bénéficier aux entreprises concernées par ce type d’activité spécifique d’une expertise en sécurité, en santé, mais aussi d’hygiène au travail.
Cette campagne avait comme préoccupation principale la mise en évidence des dangers associés à l’utilisation de substances aux caractéristiques cryogéniques telles que l’azote liquide ou encore des machines générant du froid.
Les sous-objectifs étaient de vérifier si les établissements concernés avaient connaissance des dangers liés à leurs activités, que l’environnement de travail était adapté et que les mesures de sécurité nécessaires ont été prises en faisant notamment appel à des spécialistes en santé et sécurité au travail. Il s’agissait également de déterminer le niveau de formation des praticiens et d’aborder la thématique de la protection de la maternité ainsi que les mesures d’urgence.
Déroulement de la campagne
Huit entreprises de la commune de Lausanne ont été visitées les 3 et 4 juin 2026 conjointement par un inspecteur du travail et une hygiéniste du travail. Les établissements ciblés avaient été avisés au préalable et un questionnaire de préparation à la visite leur a été transmis préalablement.
Précisons que 100% des établissements visités proposaient leurs prestations uniquement dans leurs cabinets et non à domicile de la clientèle. 60% d’entre eux étaient concernés par un gaz aux caractéristiques asphyxiantes et cryogéniques.
Les méthodes rencontrées dans le cadre de la campagne
La campagne initiale visait essentiellement les installations de cryostimulation à l’azote sous forme gazeuse, soit des températures entre -85°C à -195°C selon les pratiques. Il a cependant été difficile de trouver de tels équipements sur le territoire lausannois du fait que la pratique, très en vogue il y a quelques années, a reculé considérablement. Il a donc été nécessaire de réorienter la campagne et de l’élargir à d’autres types de traitements par le froid tels que la cryolipolyse, la cryothérapie locale et la cryoneurolyse.
La cryostimulation consiste en une exposition brève (généralement 1 à 3 minutes) de l'organisme à des températures extrêmes (−85 °C à −195 °C). Ce stimulus thermique cible prioritairement les thermorécepteurs cutanés et déclenche une cascade de réponses physiologiques pour la récupération musculaire chez les sportifs, le traitement de pathologies rhumatismales ou encore la stimulation du métabolisme visant en principe à l'améliorer.
La cryolipolyse ou « Coolsculpting » est une technologie de remodelage corporel non invasive. Le traitement est appliqué localement via une poignée refroidissant la partie du corps à une température située entre -5 °C et -10 °C. Ce stimulus thermique agit par dégradation des cellules graisseuses (apoptose adipocytaire) sans altérer les tissus environnants. Les cellules mortes sont éliminées par les voies métaboliques naturelles de l'organisme, permettant une réduction des amas graisseux localisés.
La cryothérapie dermatologique cible les lésions bénignes par destruction superficielle. Le mécanisme repose sur l'application d'une source de froid (−196 °C pour l'azote liquide médical) sur la lésion cible afin de cristalliser l'eau intracellulaire et donc la mort de la cellule non désirée (ex : verrues vulgaires, lésions précancéreuses liées aux UV).
La cryoneurolyse ou cryothérapie des nerfs périphériques, est une technique médicale ciblée visant principalement à obtenir un effet analgésique sur des douleurs chroniques ou des névralgies. Cette technique repose sur l'utilisation d'une cryosonde métallique insérée dans le corps jusqu'au contact de la structure nerveuse. Le refroidissement est généralement assuré par du dioxyde de carbone (CO₂) sous pression.
Le risque sous-estimé d’asphyxie par abaissement du taux d’oxygène
L’azote sous forme gazeuse constitue à 78% l’air que nous respirons, il est donc dans l’inconscient collectif sans danger. D’autre part, il est parfaitement inodore, incolore et indétectable par les sens humains. Le risque d’asphyxie est donc particulièrement sous-estimé par les utilisateurs, notamment en cas de déversement accidentel d’un container d’azote liquide. Rappelons que 1 litre d’azote liquide se transforme en 800 litres de gaz et donc peut de ce fait rapidement faire chuter le taux d’oxygène en dessous du seuil vital de 12%.
Du côté du dioxyde de carbone (CO₂), une fuite accidentelle conduirait aux mêmes effets, et ce en l’absence de ventilation ni de détecteur adapté.
Restitution des observations
L’analyse des données a été menée entre août et septembre 2026. Chacune des entreprises s’est vu remettre un rapport individuel rappelant les dispositions en vigueur en matière de protection de la santé au travail et proposant des mesures d’amélioration à mettre en place. Un rapport de synthèse global a également été rédigé.
Compte rendu
La nécessité d’une ventilation mécanique dépend du type d’activités et de dangers présents dans les locaux professionnels considérés. Les établissements sans risque d’asphyxie et sans gaz toxique peuvent se contenter d’une ventilation naturelle. Cependant, si l’établissement ne dispose d’aucune ouverture ou d’ouvertures insuffisantes, une ventilation mécanique est nécessaire.
Dans la présente campagne, la ventilation a été jugée adaptée aux conditions de travail dans seulement trois établissements sur huit. Elle était inadaptée ou son fonctionnement n'a pas pu être déterminé dans les cinq autres environnements de travail visités.
En matière de protection de la maternité, un quart des établissements visités n’étaient pas concernés par l’obligation de mesures dans ce cadre, et ce, en l’absence d’employées. Parmi les établissements concernés par les obligations en matière de protection de la maternité et des mères allaitantes, seul un tiers avait mis en place une gestion de la maternité en entreprise conforme aux exigences légales.
En matière de gestion des situations d’urgence, notamment la protection incendie et les voies d'évacuation, la majorité des établissements présentaient des non-conformités. Seuls deux établissements étaient équipés d’une porte d’évacuation et d’une signalisation de fuite conformes.
Cette campagne a également mis en évidence plusieurs lacunes en matière de santé et de sécurité au travail (SST), notamment les suivantes:
- Le recours à des spécialistes en santé et sécurité au travail: aucune des entreprises visitées n’a déclaré faire appel à des spécialistes du domaine pour les accompagner dans le respect de leurs obligations, notamment lorsque leurs activités impliquent des dangers particuliers.
- L’identification des dangers et la planification des mesures de prévention: aucun des établissements contrôlés n’a été en mesure de présenter une identification formalisée des dangers liés à ses activités, ni un plan de mesures définissant les actions concrètes à mettre en œuvre pour prévenir les risques identifiés et maîtriser les situations dangereuses prévisibles.
- La formation et la sensibilisation du personnel: des lacunes ont également été constatées dans ce domaine. Le personnel ne bénéficie pas d’informations ni de formations ciblées sur les mesures de prévention et de protection à appliquer, qu’il s’agisse de manipuler des récipients contenant de l’azote liquide ou d’utiliser des appareils de cryolipolyse.
Ces constats soulignent la nécessité de renforcer la prise en compte de la santé et de la sécurité au travail dans les établissements concernés, en veillant notamment à l’identification systématique des dangers, à la mise en œuvre de mesures de prévention adaptées et à la formation du personnel aux risques spécifiques liés aux équipements et aux substances utilisées.
Vous trouverez le rapport complet ici.
Inspection du travail Lausanne (ITL)
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