Des parenthèses dédiées au plaisir d’écouter et de partager, pour vous!
Evelyne Mertens, la coordinatrice du Réseau Café-Récits Romand, se rend en bibliothèque pour des moments de partage qu’on ne vit nulle part ailleurs, loin des stéréotypes, de la solitude. 4 rencontres, un projet-pilote, le début d’une aventure?
D’un partage à un autre
En 2018, Evelyne Mertens devient praticienne en récits de vie, c'est-à-dire qu'elle «accompagne les gens à poser des mots sur leur histoire». Cette histoire est ensuite écrite par ces personnes, avec Evelyne comme coach, ou par Evelyne elle-même. Les histoires font partie de son quotidien professionnel, ce qui pousse une de ses collègues à l'inviter à un café-récit. Le partage est similaire, bien qu'il se fasse en groupe. Au terme de ce moment, la praticienne en récits de vie est ravie d'avoir accepté l'invitation: «j'ai trouvé que ça reliait les gens très rapidement. On a l'impression de toutes et tous bien se connaître.» Naturellement, donc, dès 2021, Evelyne devient animatrice pour le Réseau Café-récits Romand.
Un peu d’histoire
Les cafés-récits trouvent leurs origines en Allemagne et en Autriche, entre la fin des années 1970 et les années 1980. Dans un contexte où de nombreux mouvements sociaux veulent donner une voix à la population, des projets de partage de récits biographiques voient le jour. Dès 1978, les habitantes et habitants reconstituent l'histoire de leur quartier par des échanges, des photographies et des archives. En 1982, une université de Vienne, organise un groupe de discussion intergénérationnelle. Le 1er événement appelé «café-récits» a lieu à Berlin, en 1987.
Les cafés-récits arrivent en Suisse dans les années 2000, auprès de personnes âgées et dans des projets de proximité. Le Réseau Café-récits est fondé en 2015 par l'Institut pour l'intégration et la participation de la Haute école de travail social FHNW et par le Pour-cent culturel Migros. Il devient une association du même nom en novembre 2022.
Un café-récit, c’est quoi?
«Le café-récit se structure en 2 parties, qui commence par les récits. Chaque rencontre a une thématique et une animatrice, ou un animateur, pour encadrer les discussions. Comme cadre, des règles strictes sont annoncées au début, de sorte à rendre l’échange agréable. Par exemple: l’obligation d’écouter, pas celle de parler. La discussion démarre sous l’impulsion de la personne animatrice par une image, une expérience personnelle ou autre chose. Elle est ensuite guidée par des questions qui amènent à explorer passé, présent et futur de la thématique. Après la conclusion, la seconde partie commence: le café, pour poursuivre les échanges de façon informelle. Ce moment permet de ne pas se quitter trop vite, de continuer à échanger avec les autres personnes, mais il n’est pas obligatoire de rester.»
Une parenthèse agréable
Et la peur du silence? «Les thématiques choisies font en sorte que tout le monde ait quelque chose à dire. Et il faut des moments de silence pour réfléchir.» Et s’il y a altercation ou jugement? «Le cadre est sécuritaire et respectueux. Il n’y a pas d’entrée dans le débat, aucune justification à donner. Le café-récit est un espace où on peut raconter ce qu’on a vécu, découvrir de nouvelles perceptions du monde et se rendre compte que penser différemment ne pose pas de problème, ou que les histoires des personnes plus jeunes ou plus âgées sont intéressantes.» Evelyne ajoute, car elle y tient: «l’intérêt principal du café-récit est de lutter contre le sentiment de solitude».
Le projet du Réseau Café-récits avec 5 bibliothèques
La lutte contre les stéréotypes est aussi un objectif du café-récits, ce qui traduit une valeur d’inclusion. Valeur retrouvée… en bibliothèque! Grâce au soutien de la Loterie romande, Evelyne va ainsi animer 3 cafés-récits à la Bibliothèque Montriond, puis en coanimer un avec une personne collaboratrice des lieux, qui aura été préalablement formée par l’association. Par la suite, un suivi sera assuré, avec dans l’idée que la Bibliothèque Montriond, ainsi que les 4 autres bibliothèques partenaires, continuent à proposer des cafés-récits à leur public.
Points communs, contraste et révélation
A la bibliothèque, tout le monde est bienvenu, quels que soient son milieu social, ses idées personnelles et son âge, entre autres. C’est pareil à un café-récit! A la différence qu’un café-récit peut avoir lieu partout. Evelyne donne quelques exemples d’endroits: en forêt, en entreprise, pour un anniversaire, dans un musée, à l’hôpital, dans des écoles et dans des associations. Le seul impératif est d’avoir envie de développer la cohésion et le partage au sein d’un groupe. Pour le premier à la Bibliothèque Montriond, la thématique est dévoilée: «les recettes de ma vie», de quoi donner l’eau à la bouche!
Que du positif
«Participer à un café-récit, en bibliothèque ou ailleurs, peut apporter beaucoup de joie et l’impression d’être un peu moins seule et seul. C’est quelque chose qui m’anime. Ce moment chaleureux permet de se trouver des atomes crochus. Dans une société de plus en plus polarisée, créer des espaces où les gens qui le souhaitent puissent être en lien n’est pas un luxe. Cela permet aussi de faire revivre les petites histoires auxquelles on accorde peu d’importance. L’exploration d’une thématique stimule la mémoire en écoutant d’autres personnes raconter leurs expériences. Echanger avec des inconnues et des inconnus n’est pas donné à tout le monde. Là, vous avez la possibilité d’en faire l’expérience de façon agréable.» Rendez-vous le 12 novembre pour la première rencontre, puis en février, avril et juin 2027. Pour le plaisir d’écouter et de partager!
Anaïs Valentine Sancha
Cafés-récits: venez partager vos histoires!
Le café‑récit est une rencontre conviviale pour échanger et créer des liens. Les participantes et participants partagent des histoires de vie dans une ambiance chaleureuse. La rencontre se déroule en 2 temps: un moment de discussion puis un temps café libre; un espace pour partager sa vie et mieux se connaître.
Pour la séance du 12 novembre, le thème est «Recettes de ma vie». On parle de souvenirs de cuisine, de repas en famille ou entre amis et des émotions liées aux saveurs.
Bibliothèque Montriond
Service des bibliothèques et archives
Avenue de la Harpe 2 bis
1007 Lausanne