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Lausanne célèbre le matrimoine

A côté de leur travail, Amélie Kolly et Sarah Gutierrez Barrios œuvrent bénévolement pour que les femmes et leur héritage culturel ne soient plus invisibilisés. Entrevue avec ces co-directrices de l’association Sujettes, organisatrice des Journées du matrimoine de Lausanne.

Tout commence avec 3 femmes

Carla Caucotto et Amélie Kolly se rencontrent lors d’une mesure du chômage. Ayant effectué un stage en Belgique dans l’organisation des Journées du matrimoine, Carla se désole qu’aucun équivalent n’ait lieu en Suisse. Elle propose à Amélie Kolly d’y remédier en organisant cet événement ensemble. Très vite, toutes 2 se rendent compte que la quantité de travail est colossale. Elles créent une annonce qui touche Sarah Gutierrez Barrios en plein cœur.

Ainsi naît Sujettes

Une fois réunies, les 3 femmes décident de mettre sur pied les Journées du ;atrimoine de Lausanne. Pour ce faire, elles s’attellent à ce qu’implique la création d’une association. Tout devient officiel en octobre 2023, et la première édition de l’événement a lieu en 2024. Le nom de l'organisation? Sujettes: «comme l’identité visuelle, il a été difficile à trouver», se souvient Sarah Gutierrez Barrios; «il questionne le fait que les femmes aient plus souvent été objets que sujet(te)s d’histoire, ainsi nous les remettons au centre». «Et c’est un clin d’œil à suffragettes», rajoute Amélie Kolly.

Mais en fait, le matrimoine, c’est quoi?

Non, ce n’est pas une faute de frappe! Le mot matrimoine existe bel et bien.

Sarah: «ce n’est pas un nouveau mot. Il a été utilisé dans l’ancien français, puis disparu, avant de revenir progressivement autour des années 2010. Il s’agit culturellement de l’héritage des femmes»

Amélie: «ce sont les biens matériels et immatériels hérités des femmes. Pour nous, c’est un complément nécessaire au patrimoine, pas son opposé».

Et pourquoi le matrimoine a longtemps été effacé?

Amélie: «les femmes ont été invisibilisées, tant à un niveau sociétal qu’institutionnel. Elles avaient moins le droit de signer des contrats ou leurs œuvres étaient attribuées à un père, un frère; leurs œuvres existaient, mais leur nom disparaissait avec elles.»

Sarah: «toute une partie de l’histoire a été écrite par et pour les hommes. L’espace public était peu accessible aux femmes. On ne trouve parfois la preuve de leur présence que sur des photographies d’époque. Le défi, c’est toute la recherche qui accompagne le matrimoine, dans des sources inhabituelles que nous devons croiser. Des journaux intimes, par exemple.»

Amélie: «c’est un véritable travail de collaboration qui implique plusieurs domaines, pour retracer l’histoire de certaines femmes. Les archives habituelles ne suffisent pas, et il faut parfois accepter que l’histoire reste incomplète.»

Aussi, quel est l’enjeu du matrimoine?

Sarah: «la nécessité de créer des archives de ce que nous faisons pour laisser une trace institutionnelle.»

Amélie: «l’identité et la représentation, car on ne peut pas avancer dans le futur si on ne peut pas avoir d’identification dans le passé.»

Pour en revenir à Sujettes

Aujourd’hui, l’association Sujettes a une structure forte: Sarah et Amélie en co-directrices, un comité scientifique de 4 femmes, dont Carla Caucotto, et un comité de l’association composé de 6 femmes. Chaque année, Sujettes sélectionne 3 figures du matrimoine qui se retrouvent au centre de la communication. «Nous prenons une figure assez connue du public et 2 qui le sont moins. Nous varions les profils, les domaines et les époques», détaille Amélie. Ensuite, des projets qui feront revivre ces figures et qui leur rendent honneur lors des Journées du Matrimoine sont sélectionnés par le comité scientifique et l’équipe.

Samedi 26 septembre 2026

Zoom sur une lecture-performance de Vi Indigaïa, à la Bibliothèque Chauderon. «Les bibliothèques sont des lieux d’archives, de matrimoine, c’est donc parfait que quelque chose s’y passe», se réjouit Amélie. «D’autant plus que l’artiste a une présence très impressionnante sur scène. Elle habite ses textes et transmet les émotions avec une intensité rare», complète Sarah. A noter également que cette année, Sujettes a fait un pari: déplacer d’une semaine les Journées du ;atrimoine pour ne pas tomber durant le week-end du Jeûne fédéral. Cette année, ça fait que l’événement coïncide avec la Nuit des Musées. Une jolie occasion de collaborer!

Dimanche 27 septembre 2026

Plusieurs activités en lien avec l’eau sont au programme. Sarah mentionne une création sonore sur Marthe Robert, une nageuse ayant traversé le lac de Neuchâtel. Elle évoque également une activité inédite à la piscine de Mon-Repos, donnée par la compagnie romande de natation artistique Vachement synchro. Amélie continue dans l’inédit avec une mise en lumière des personnes LGBTQIA+: table ronde sur les héritages trans et présentation de l’héritage lesbien sont notamment prévues. «Nous souhaitons mettre l’accent sur toutes les personnes minorisées.»

2026 et suivantes

Pour sa 3e édition, nous avons la certitude que l’énorme travail bénévole de Sarah, Amélie et les comités de Sujettes va payer. En leur souhaitant un public toujours aussi diversifié et intergénérationnel que les 2 premières éditions. En espérant aussi que la recherche de fonds pour réaliser un événement d’une telle ampleur ne soit plus leur plus gros challenge. Car, avec davantage de financement, elles pourront réaliser les projets qu’elles ont en tête pour Sujettes. Un duo inarrêtable qui aura certainement sa place dans le matrimoine suisse!

Anaïs Sancha

Découvrir le matrimoine

Par la conteuse Vi Indigaïa
Un moment chaleureux à partager en famille autour d’un conte pour découvrir le matrimoine. Parents et enfants découvrent le matrimoine, c’est‑à‑dire les histoires de femmes importantes de la culture et de l’histoire. Le conte est simple, vivant et accessible à toutes et tous. Il invite à écouter, imaginer et échanger ensemble.

Bibliothèque Chauderon, samedi 26 septembre 2026 de 10h30 à 11h30, familles et enfants dès 6 ans, entrée libre sur inscription