Le 1er février 1959, par 33'648 oui contre 30'293 non, le canton de Vaud est le premier de Suisse à accorder le droit de vote aux femmes. La ténacité d’Antoinette Quinche y est pour quelque chose, puisque c’est elle qui a suggéré au Gouvernement vaudois d’organiser 2 votations ce 1er février, l’une sur le plan fédéral, l’autre sur le plan cantonal. Les Vaudoises doivent ainsi beaucoup à l’inlassable combat juridique, politique et médiatique d’Antoinette Quinche. Douze ans de plus seront d’ailleurs nécessaires pour que ce droit soit accordé au niveau fédéral.
Née en 1896 d’un père pasteur et d’une mère anglaise diplômée de Cambridge qui l’emmène à Londres assister à des marches suffragettes, Antoinette entre en pionnière au Collège classique cantonal: il est réservé aux garçons, jusqu’à ce que son père exige de voir le règlement interdisant à une fille de suivre les cours – il n’y en a pas.
En 1923, elle et Linette Combe sont les premières Vaudoises à obtenir un doctorat en droit de l’Université de Lausanne. Antoinette Quinche ouvre son étude à Lausanne et défend les femmes dans des dossiers de divorce, de preuves de paternité ou d’accidents de travail, assurant une assistance juridique gratuite pour l’Union des femmes. En 1929, elle préside le comité d’action vaudois de la pétition nationale pour le suffrage féminin, qui récolte le nombre fantastique de 249'152 signatures.
En 1936, elle accueille chez elle la féministe espagnole Clara Campoamor, en exil depuis la guerre civile. Présidente durant 30 ans de plusieurs comités d’actions vaudois et suisses pour le droit de vote et d’éligibilité des femmes, elle représente la Suisse au comité de l’Alliance internationale. En 1957, elle recourt au Tribunal fédéral au nom de 1'414 femmes de Suisse romande qui ont réclamé à leurs autorités communales et cantonales leur carte de vote, exigeant une interprétation large de l’article de la Constitution indiquant que «tous les Suisses sont égaux devant la loi». La décision des juges fédéraux est négative, mais 2 juges sur 7 ont donné raison à Antoinette Quinche.
Radicale convaincue, elle fonde et préside le groupe lausannois des femmes radicales et siège 17 ans à la direction cantonale. Retirée d’une partie de ses engagements publics après la victoire de 1959, elle continue d’exercer son métier jusqu’à un âge avancé ayant pour moteur la défense de l’égalité.
Pour aller plus loin
Illustration d'Antoinette Quinche par Hélène Becquelin tirée du livre «100 femmes qui ont fait Lausanne».
Espace public
Antoinette Quinche sera prochainement honorée par l’attribution de son nom à un lieu dans l’étape 2 des Plaines-du-Loup. La date sera communiquée prochainement.
Pour en savoir plus sur le projet: «Plus de place(s) aux femmes en Ville de Lausanne»