Peu de Lausannoises et de Lausannois connaissent le nom d’Andrée Antonioli-Rouiller. Pourtant, des années 1940 et jusqu’à sa mort, en tant qu’infirmière et sage-femme, elle joue un rôle médical et social fondamental auprès des familles, et des femmes en particulier, dans le quartier populaire de Bellevaux. Née à Massongex en Valais, ses parents tiennent un restaurant à Saxon. Touchée par le sort des personnes blessées lors de la Première Guerre mondiale, elle se forme d’abord comme infirmière à Genève, puis comme sage-femme, sans doute à l’École de Lausanne, l’une des neuf écoles de ce type en Suisse. À 23 ans, elle épouse Albert(o) Antonioli, un mécanicien italien rencontré alors qu’elle travaillait dans une boulangerie-confiserie à Ouchy. Le couple habite d’abord à la Pontaise avant de s’installer, au début des années 1940, au chemin de la Forêt 2 à Bellevaux.
La maison de trois étages devient le «cabinet» d’Andrée Antonioli puis, toujours très fréquentée, un lieu de ressource et d’accueil pour le quartier et au-delà. Sa soeur prend en charge les repas, et deux jeunes femmes logent à la maison pour l’aider avec les nourrissons. Andrée Antonioli incarne les conditions de travail précaires qui sont alors celles des sages-femmes: disponibilité jour et nuit, revenus faibles et en fonction des moyens de la famille de l’accouchée. À l’époque, l’assurance maladie et maternité obligatoire n’existe pas. Les familles du quartier n’ont souvent pas de quoi payer la sage-femme qui, elle-même indépendante, peine à gagner sa vie. À quelques mètres de la maison d’Andrée Antonioli se trouve le village de la coopérative La Maison familiale, conçu à la fin des années 1920. Après la Seconde Guerre mondiale, des familles avec huit à dix enfants vivent encore dans ces minuscules maisons destinées à la classe ouvrière. Il arrive qu’Andrée doive amener elle-même un matelas pour pouvoir y installer la future mère. Veuve à 57 ans, Andrée prend sa retraite quinze ans après.
En relation
Illustration d'Andrée Antonioli-Rouiller par Hélène Becquelin tirée du livre «100 femmes qui ont fait Lausanne».
Place Andrée-Antonioli-Rouiller
La place Andrée-Antonioli-Rouiller, le parc entouré par le chemin d’Entre-Bois dans le quartier de Bellevaux, fait partie des lieux que la Municipalité a décidé de nommer ou de renommer pour donner plus de visibilité aux femmes dans l’espace public.
Ce nouveau nom est entré en vigueur le 1er octobre 2023.
Pour en savoir plus sur le projet: «Plus de place(s) aux femmes en Ville de Lausanne»